Parties Prenantes
Tania Bruguera
Réagissant à la question de savoir si une exposition pouvait jouer un rôle politique, comme une usine, une rue ou une université , l’artiste Tania Bruguera a répondu « je crois que cela n’est pas seulement possible, mais, aujourd’hui, c’est le « challenge » de l’art. Je crois qu’il y a des éléments structurels appartenant à cette recherche : l’idée d’un art contextuel, l’idée d’un art utile, le besoin de bouleverser la réception de l’art, la construction d’un nouveau rôle du spectateur, et l’abandon de l’idée d’un art éternel » . Développé lors de sa résidence au 104 à Paris en 2007, le projet PPM « Parti du peuple migrant » s’inscrit dans le contexte géopolitique contemporain en abordant la question la question de la représentation politique des migrants à travers des débats et des manifestations. Son travail, nourri de ses racines cubaines et de son expérience internationale, dissèque les stratégies de l’idéologie, du pouvoir, du post colonialisme, de l’émigration, des discriminations féminines… « Je travaille avec la peur, l’autorité, la vulnérabilité, le renforcement du pouvoir des individus, l’autodétermination, et la liberté, aussi bien que la soumission et l’obédience comme stratégies de survie sociale. Ces outils et ces évidences sont des parties du processus de résistance au pouvoir » ; ces idées peuvent être illustrées dans Tatlin’s Whisper #5 (2008, Tate modern), performance dans laquelle deux policiers à cheval et en uniforme contrôlent la foule des spectateurs incrédules mais obéissant aux injonctions.
« Depuis 1986, je travaille sur la question du corps comme espace social et politique à travers la performance, l’installation, les dessins, et la vidéo. Mon travail récent utilise le comportement comme principale source de l’étude des perceptions émotionnelles. Je cherche des outils comme la mémoire et la rumeur pour agir dans la distribution et l’archivage de l’information. J’appelle ceci « Arte de conducta » (art des comportements) » selon Tania Bruguera. Le corps de l’artiste, principal médium de son travail de performance, interroge les champs de l’esthétique et du politique – définis par Jacques Rancière – en créant des situations ; « dans le monde de Bruguera, les concepts de liberté, et d’auto détermination ne sont pas des idéaux abstraits, mais des réalisations qui inscrivent leurs effets sur notre monde physique » a écrit Eleanor Heartney dans la revue Art In America. Dans Body of Silence (1997) ou Burden of Guilt (1997–1999), l’artiste, nue, enfermée dans une boite recouverte de viande crue ou avalant des mottes de poussière, éprouve les limites de l’expérience. Transposées en installations habitables par le spectateur, ces performances deviennent des « dispositifs » ; dans Untitled (Havana) (2000) le spectateur devait traverser un tunnel de prison militaire très sombre, dont le sol était recouvert de feuillages de canne à sucre, avant de voir un montage vidéo d’un discours de Fidel Castro. L’artiste, va au-delà de la représentation de situations politiques en les créant au sein de ses œuvres.
Tania Bruguera est née en 1968 à Cuba ; elle vit et travaille à la Havane et aux Etats-Unis.


Tania Bruguera, Untitled (Havana). 2000. Vue de l’installation vidéo/performance, à la Biennale de La Havane. Milled sugar cane, black and white monitor, Cubans, DVD disc, DVD player

Tania Bruguera, Burden of Guilt (1997–1999). Performance. Cuban soil, water, salt, beheaded lamb carcass

Tania Bruguera, Tatlin’s Whisper #5. 2008. Performance réalisée à la Tate Modern.